Economistes et historiens aux Etats-Unis : de la coopération à l’affrontement, des années 1880 aux années 1990./Cyril Jung

Soutenances de thèse

Résumé de la thèse :

Cette thèse retrace l’histoire des relations entre historiens et économistes aux États-Unis, des années 1880 aux années 1990. A l’aide de documents d’archives, elle réexamine l’hypothèse selon laquelle l’histoire et l’économie se sont éloignées l’une de l’autre au fur et à mesure que l’économie se mathématisait et se hissait au sommet de la hiérarchie des sciences sociales. Pour ce faire, elle étudie l’évolution des relations entre les deux disciplines, identifiant les périodes de coopération interdisciplinaire, d’isolement et de conflit. En mettant les historiens sur un pied d’égalité avec les économistes, la thèse enrichit notre compréhension de leurs relations de trois façons différentes. Premièrement, elle démontre que les interactions entre l’histoire et l’économie ont changé en fonction de leurs positions dans la hiérarchie des sciences. Deuxièmement, elle montre que la frontière entre l’histoire et l’économie a été façonnée par des conflits sur la méthode scientifique et remise en cause par la circulation des idées, comme l’illustre le champ de l’histoire économique. Enfin, elle montre que l’émergence et le déclin des écoles de pensée en histoire et en économie ont eu un impact sur leur relation. La thèse commence par montrer que le conflit des méthodes a joué un rôle crucial dans l’établissement de la frontière disciplinaire entre l’histoire et l’économie (chapitre I). Elle démontre ensuite que le flux d’idées entre les deux disciplines au début du XXe siècle était unidirectionnel et significatif, les historiens progressistes empruntant la théorie du déterminisme économique aux économistes d’inspiration marxiste et la modifiant au passage (chapitre II). Le troisième chapitre, consacré aux relations entre économistes néoclassiques et historiens économiques, met en évidence une détérioration significative de leurs relations entre le début de l’entre-deux-guerres et la fin des années 1950. Il montre qu’à une période d’indifférence mutuelle a succédé une période de conflit sur les déterminants de la croissance économique. Le chapitre IV traite des conséquences de l’essor de la cliométrie sur les relations entre l’histoire et l’économie du début des années 1960 à la fin des années 1980. Cet essor a conduit à la « déshumanisation » de l’histoire économique et à l’établissement d’une relation unilatérale entre l’histoire économique et l’économie néoclassique, ce qui a provoqué une crise de recrutement. Enfin, le chapitre V examine l’influence de l’histoire économique sur l’économie et la politique du développement à travers le prisme de la carrière de l’historien économique Douglass North (1920-2015). Il conclut que les recherches historiques de North ont joué un rôle important dans le renouvellement des approches institutionnelles et historiques des problèmes de développement économique.

 

Mots-clés : économie, histoire de la pensée économique, sciences sociales, histoire, Etats-Unis

Informations pratiques

Jeudi 13  juin 2024
> 13h30
ENS Paris-Saclay, bâtiment Sud-Ouest, 4 Avenue des Sciences, 91190, Gif-sur-Yvette – Salle 3E31

Le jury sera composé de :

Mme Virginie ALBE – ENS Paris-Saclay, Examinatrice
M. Claude DIEBOLT – Université de Strasbourg, Rapporteur
M. Roger BACKHOUSE – University of Birmingham, Rapporteur
M. Loïc CHARLES – Université Paris 8, Examinateur
M. Jefferson POOLEY – Muhlenberg College, Examinateur
M. Philippe FONTAINE – ENS Paris-Saclay, Directeur de thèse