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WOERLEIN Jan

publié le , mis à jour le

WOERLEIN Jan

Docteur en sociologie politique de l’Université Paris Nanterre

  • Gouverner l’humanitaire. Une sociologie politique du monde des acteurs de l’aide en Haïti (2010-2016)

Thèse soutenue le 13 octobre 2017.

Le jury est composé de :

  • Yves BUCHET DE NEUILLY, professeur des universités, Université Paris 1 (rapporteur)
  • Nicolas LEMAY-HEBERT, senior lecturer, University of Birmingham (rapporteur)
  • Laetitia ATLANI-DUAULT, directrice de recherche, IRD
  • Frank PETITEVILLE, professeur des universités, Sciences Po Grenoble
  • Elisabeth CLAVERIE, directrice de recherche, Université Paris Nanterre (directrice de thèse)

Résumé de la thèse :

Cette thèse est le résultat d’une enquête documentaire et ethnographique prenant pour objet les acteurs du système de l’aide internationale en Haïti entre 2010 et 2016 ainsi que leurs interactions structurées dans l’objectif de faire une sociologie politique de la gestion des crises dans ce pays. L’enquête montre notamment que la multiplication et l’enchevêtrement des domaines de spécialisation de ces acteurs a produit une « bureaucratie de l’urgence » parallèle à l’État haïtien, ce qui entraîne des superpositions et des incohérences dans la gestion et la prévention des crises. Je présente le travail de cette bureaucratie pour gouverner l’humanitaire comme un art de gouvernement. L’apport principal de cette thèse est de montrer que cet art de gouvernement s’exerce tant sur les humanitaires eux-mêmes que sur les bénéficiaires de l’aide, bien que de manières différentes.

Les logiques de la gestion d’urgence post séisme de 2010 déplacent les acteurs de l’aide au développement présents depuis des décennies dans le pays au profit des acteurs humanitaires et imposent des temporalités nouvelles d’appréhension du terrain haïtien, envisagé comme perpétuellement en situation de crise. Cette vision d’un pays en crise a un impact sur les activités des acteurs sur place. Celles-ci se retrouvent prises au piège de deux dimensions de l’aide. Tout d’abord, les impératifs de sécurité développés par les Nations Unies dans les années 2000 sur des terrains de guerre viennent largement contraindre le travail effectué par les acteurs et régler leurs comportements sur place, en leur interdisant quasiment tout contact avec la population locale et en les coupant des réalités du terrain. Ensuite, les instruments de gestion de l’aide mis en place par les Nations Unies et des ONG et répandus dans toutes les organisations (logframe, cycle de gestion de désastres, cycle de gestion de projets, bonnes pratiques/leçons apprises) entraînent un formatage des cadres d’appréhension de la réalité haïtienne qui s’avère contre-productif dans la mise en place de l’aide. En effet, ces instruments impliquent de penser les activités planifiées selon des phases successives qui vont de l’intervention à la transition humanitaire (qui implique de passer le relais à l’Etat concerné). Haïti étant constamment appréhendé comme un pays en crise, cette phase de transition n’advient donc jamais et le monde humanitaire se retrouve dans une aporie : alors que les conditions du départ des humanitaires sont pourtant pensées dès la phase d’intervention d’urgence, ces conditions ne sont finalement jamais réunies pour permettre ce départ et le système humanitaire crée donc en Haïti les conditions de sa perpétuation.

Mots-clés : Sociologie politique, gouvernement, crise, humanitaire, aide, action publique, relations internationales, Haïti