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Rencontre avec Delphine Griveaud, doctorante à l’ISP

par Mourad - publié le

Rencontre avec Delphine Griveaud, doctorante en science politique à l’Université Paris Nanterre et membre de l’ISP.

Elle prépare une thèse sur "Les développements français de la restorative justice", sous la direction de Sandrine Lefranc et Éric Phélippeau.

Delphine Griveaud travaille sur un mouvement hétéroclite qui promeut une justice restaurative en France. D’inspiration anglosaxonne, ce modèle de justice tâche de redonner un pouvoir d’agir aux infracteurs, aux victimes et aux membres de leur communauté, dans la résolution du conflit, du crime. Cet objet interroge entre autres les violences produites par le système pénal actuel - sur ceux qui s’y confrontent tout comme sur ses propres professionnels - et les inégalités qu’il catalyse.

Sandrine Lefranc : A quoi bon une thèse en sciences sociales ?

Vous êtes la première à savoir que je me pose la question à peu près trois fois par jour ! D’abord, cela représente une distance critique vis-à-vis des catégories, des mouvements, des politiques qui font notre société. Pour moi c’est une récupération du temps, aussi – il n’y a quasiment qu’un thésard dans notre économie pour être payé à enquêter et réfléchir pendant trois ans ! Et puis parfois il y a l’espoir que cela serve a posteriori à nos enquêtés, parce qu’ils auront eu la parole, parce que vous aurez créé de la connaissance et de la compréhension, parce que quelqu’un qui le peut aura en vous lisant l’idée de changer les règles du jeu, de façonner des politiques plus justes, par exemple. C’est mon cas.

Sandrine Lefranc : Vous travaillez sur un objet qui réunit des mondes très différents, et plutôt difficiles d’accès : comment fait-on pour y entrer ?

Effectivement... Cet objet réunit des criminologues, des hommes de foi, des professionnels de la justice et de l’associatif, des bénévoles, et moi je n’appartiens à aucun de ces mondes. Donc la première chose, c’est qu’on y entre humblement, et que l’on y enquête humblement. La seconde c’est que je suis arrivé à cet objet par intérêt, par enthousiasme, par ce que je suis et ce que j’ai fait avant, professionnellement : ce sont déjà des ressources à mobiliser pour se justifier alors qu’on prend les premiers contacts et que l’on tâtonne. Mais surtout on y entre et évolue au détour de choses aussi triviales qu’un banal coup de fil à une tante dont vous découvrez par hasard qu’elle est l’une des protagonistes de ce monde. D’ailleurs j’ai fini par accepter qu’il n’y avait pas vraiment de hasard à ce que je me sois fixée sur cet objet, donc cela ne me surprend plus vraiment qu’il m’arrive de décrocher un entretien important juste en buvant un verre avec un ami de mes parents !

Sandrine Lefranc : Vous partez pour Louvain... racontez-nous !

Ce départ pour l’Université Catholique de Louvain-la-Neuve est le produit d’un contrat de thèse de quatre ans que m’octroie à partir d’octobre le Fonds National pour la Recherche Scientifique belge. J’y intègre une nouvelle équipe, qui a l’air géniale, sous la direction de Valérie Rosoux, et je reste en cotutelle ici à l’Institut des sociales du politique, que je n’ai pas particulièrement envie de quitter non plus. Il aura fallu un an pour décrocher ce financement, c’était pénible, mais on l’a fait. Maintenant je vais là-bas pour avancer ; je reviendrai ici pour douter - c’est une idée à vous ça, je l’aime bien -.

Entretien conduit par Sandrine Lefranc, chargée de recherche au CNRS, membre de l’ISP.