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IRENE

publié le

Programme ANR : JCJC : Sciences humaines et sociales : Sociétés, espace, organisations et marchés (JCJC SHS 1) 2010

Référence projet : ANR-10-JCJC-1807

Coordinateur du projet :
David AMBROSETTI

Partenaires

ISP CNRS - Délégation Régionale Ile-de-Francee OUest et Nord

Aide de l’ANR 139 100 euros
Début et durée janvier 2011 - 36 mois

Le présent programme de recherche a pour objet les professionnels internationaux de la paix. Ceux-ci sont les promoteurs de véritables ingénieries internationales de la paix, c’est-à-dire des ensembles de savoirs et de techniques formalisés, conçus comme des modèles partiellement standardisés visant la pacification des sociétés nationales « déchirées » par un conflit politique violent. En partie élaborés dans les universités, ces savoirs et techniques empruntent des formes diverses : normes juridiques, techniques de négociation diplomatiques, modèles d’architectures politiques, juridiques et militaires transposés d’un accord de paix à l’autre, commissions de vérité et de réconciliation et plus largement dispositifs de « justice transitionnelle », processus de réconciliation à une échelle locale, programmes visant à forger et diffuser une « culture de paix », techniques de « prévention » des conflits, etc.
Internationaux, ces « ingénieurs » de la paix le sont en vertu des positions qu’ils occupent, de façon ponctuelle ou permanente, dans des organisations internationales de nature tant intergouvernementale que non gouvernementale, de droit public comme de droit privé. L’expansion massive de ces organisations internationales depuis la Seconde Guerre mondiale a en effet favorisé la professionnalisation d’un nombre croissant d’agents spécialisés et soutenu le développement d’une ingénierie sociale de la paix.
Les très nombreux travaux en relations internationales sur ces questions restent bien souvent silencieux sur les producteurs et diffuseurs de cette ingénierie internationale de la paix. Qui sont-ils ? Quels parcours les ont conduits à élaborer et s’approprier ces savoirs pratiques de la pacification ? Une fois ces savoirs élaborés et investis, qu’en font-ils ? En suivant quelles trajectoires professionnelles, quelles carrières ? Selon quelles logiques et en fonction de quels enjeux ? Nous posons en hypothèse que ce groupe professionnel durablement positionné à l’international est engagé dans un processus d’autonomisation relative par rapport aux secteurs sociaux nationaux (c’est-à-dire aussi bien les gouvernements de leurs pays, que leurs secteurs professionnels ou leurs appartenances politiques, religieuses…) et aux autres secteurs sociaux d’un espace international en cours de différenciation. Les ingénieurs internationaux de la paix ne sont sans doute pas, du fait notamment de l’inscription durable de leur carrière dans un espace international autorisant les passages d’une organisation à une autre, de simples courroies de transmission des volontés des puissances hégémoniques. Les dispositifs de pacification ne sont pas davantage la simple transposition de techniques forgées dans d’autres contextes Cette hypothèse soulève, ce faisant, la question cruciale de l’historicité de cette ingénierie de la paix, et ce contre les analyses du « transnational » qui abordent leurs objets comme des isolats, négligeant les terreaux sociaux qui les ont engendrés et les dynamiques qui ont conduit à l’internationalisation.
Pour cette étude, les carrières de ces professionnels internationaux de la paix constitueront l’entrée empirique privilégiée. Celle-ci nous conduira ensuite aux institutions en charge de leur formation spécialisée et, enfin, aux productions de ces agents. Le programme prévoit une série d’enquêtes individuelles et collectives : d’abord une analyse prosopographique (multi-biographique, quantitative) des trajectoires des professionnels internationaux de la paix, puis une étude historique de leurs lieux de formation scientifique et professionnelle, et enfin l’observation fine de certaines de leurs pratiques et productions professionnelles – et des processus de leur diffusion.